2003

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Tour des Appenins, 1er mai 2003

Tonkov souffre d'une double hernie discale

Après l'échec du projet Itera, Pavel a plusieurs propositions. Andreï Tchmil lui propose de rejoindre l'équipe belge Marlux. Pavel accepte à la condition que Marlux soit admise en première division. Mais l'UCI refuse car Marlux a modifié son dossier à la dernière minute. Et c'est finalement l'équipe polonaise CCC-Polsat qui est admise en première division. CCC-Polsat souhaite participer au Giro, aussi elle propose un contrat à Pavel. Mi-janvier, Pavel signe... En février, alors que Pavel raccompagne sa mère à l'aéroport de Barcelone, il rencontre l'équipe Phonak, de retour du Tour de Majorque, qui se cherche un leader et effectue sa campagne de recrutement avec quatre mois de retard (!) Phonak propose sur le champ un contrat à Pavel... Mais Pavel ne peut bien sûr pas dénoncer son contrat avec CCC-Polsat. "J'aurai bien aimé signé chez Phonak car c'est une grande équipe."

Pavel rentre très tard en compétition, fin mars à la Rota da Marques, où il obtient un bon résultat. Puis il participe à la Semaine Internationale Coppi-Bartali et se met souvent en évidence. Il précise ses objectifs: "Je ne suis encore qu'à 50 % de mes capacités et j'espère que ma forme ira crescendo. Je souhaite à nouveau terminer sur le podium du Giro. Mon expérience de la course devrait m'être favorable". Fin avril, Pavel se teste sur le Tour du Trentin. Il part en échappée dans la dernière étape, Coldonazza-Arco, avec Piccoli, Frattini, Aggiano et Bertoletti. Pavel assume l'essentiel du travail et, dans le Passo Ampola, "Tonkov a fait la montée tout seul, sans nous demander un seul relais. Nous étions tous à fond dans sa roue", avoue Mariano Piccoli. Pavel est donc prêt pour le Giro, à part une petite douleur à signaler au niveau du nerf sciatique. Quatre jours plus tard, Pavel retrouve le Tour des Appenins avec plaisir. Il est toujours à la recherche du triplé, mais ne peut rien faire ce jour-là face à une très forte équipe Saeco (Simoni, Sabaliauskas et Cunego). Pavel termine troisième, mais lève le bras sur la ligne d'arrivée. Deux jours plus tard, Pavel doit renoncer au Grand Prix Larciano. Il souffre d'une inflammation du nerf sciatique et doit effectuer un repos complet de trois jours. Une semaine avant le départ du Giro, Pavel est allongé sur un lit d'hôpital (!) mais il reste très confiant: "Je récupère très bien".

Tour d'Italie, 10 mai au 1er juin 2003

Tonkov abandonne

Sur ce Giro, l'ambiance n'est pas excellente dans l'équipe CCC-Polsat et Andrzej Sypytowski, le directeur sportif, met beaucoup de pression sur ses coureurs. Pavel passe ses journées dans le peloton loin de ses coéquipiers et deux fois par jour, il a besoin de passer entre les mains d'un chiropracteur afin de soulager son dos...

Dès les premiers jours, Pavel est nerveux. Avec ses problèmes de santé, il aimerai bien gagner une étape rapidement. Aussi, dès le troisième jour, vers Terme Luigiane, Pavel essaie d'aller en échappée au sommet d'un grand prix de la montagne. A côté de lui se trouve à nouveau Perez Cuapio. Mais cette fois, Pavel n'a pas réussi à le convaincre... La septième étape propose une arrivée au sommet du Terminillo. Stefano Garzelli attaque. Gilberto Simoni prend immédiatement sa roue, suivi de Tonkov et de Andrea Noè. Les quatre hommes vont ensemble à l'arrivée, et Pavel termine 4ème. Au général, il est 6ème à 1'40" de Garzelli, soit une excellente opération qui confirme qu'il fait toujours parti des meilleurs: "Les autres passent et moi je reste". Mais plus les jours passent, plus Pavel souffre. Il a beaucoup de mal à se mettre en danseuse et dès l'arrivée dans les Dolomites, Pavel butte sur les très difficiles pourcentages du Monte Zocolan. Il perd plus de 4' en 5 km et se retrouve 10ème au classement général. "Si Pavel était arrivé au sommet du Monte Zocolan avec la même place qu'il occupait au classement général en bas, il aurait été très content", dit Sypytowski. On comprend vite que Pavel ne va pas terminer ce Giro... Deux jours plus tard, sur la route de l'Alpe di Pampeago, Pavel attaque de loin, dans le Passo di Valles (2033 m). Personne ne le suit. Pavel poursuit son effort, il aimerait bien gagner l'étape. Mais il ne creuse pas l'écart, qui ne dépasse jamais 30". Dans le San Pellegrino, Pavel insiste. Il sent qu'il va devoir abandonner le Giro, peut-être définitivement. Alors cette échappée, c'est aussi une sorte d'adieu, pour entendre encore une dernière fois les applaudissements des tifosi. Pavel est repris au bas du col. Il abandonne à 6 km de l'arrivée. "Vraiment, je n'en peux plus. Ni avec les jambes, ni avec la tête". Le staff CCC-Polsat ne comprend pas: "Il nous a déçu", d'autant plus que son patron, Darius Milek, était présent sur cette étape...

Tour de Suisse, 16 au 25 juin 2003

Tonkov n'est pas payé

Pavel reprend la compétition au Grand Prix de Gippingen, mais souffre toujours de problèmes de santé: "C'est le nerf sciatique qui me fait mal. Non, sur le Tour de Suisse, je n'aurai pas de chiropracteur avec moi, juste un massage des jambes chaque soir!"

Sur le Tour de Suisse, Pavel ne se fixe aucun objectif précis. Il va voir comment il se sent au jour le jour. Et Pavel abandonne le cinquième jour, alors qu'il est déjà à 23' au classement général. Mais cet abandon n'est pas seulement du à des problèmes de santé. On apprend en fait que Pavel n'est pas payé depuis le début de la saison! En Pologne, le salaire de Pavel n'est un secret pour personne et la CCC-Polsat n'hésite pas à donner les chiffres: 150 000 € pour l'année. Mais cette propagande est fausse et le soir de la deuxième étape, à Nyon, Pavel est décidé à se confier: "Oui, bien sûr, mon dos me fait mal et je ne peux pas avoir le rendement que je désire. Il ne m'est pas possible en ce moment de lutter avec les meilleurs pour la victoire. Je souffre d'une hernie discale avec une inflammation du nerf sciatique. L'opération est possible, mais alors je devrais sans doute renoncer au cyclisme. Je suis dans une situation difficile en ce moment... Mais je connais aussi d'autres problèmes. Je ne suis pas payé depuis le début de la saison et pour mes coéquipiers, la situation n'est pas beaucoup mieux. Dans ces conditions, il m'est difficile d'être concentré à 100% et de rouler pour finalement ne rien toucher à la fin du mois..." Quelques jours plus tard, un journal de Zurich, le Neuher Zurich Zeitung continue l'investigation sous le titre "la Pologne est-elle déjà perdue?" : "Tonkov n'ira pas se torturer dans les Alpes par pur amour du prochain. Il est aussi devenu une victime des circonstances. Son équipe a acheté récemment à bas prix un bus à une agence de voyage, mais n'a pas jugé important d'emporter un chiropracteur dans ses bagages. Cela aurait peut-être été plus utile que de l'air conditionné..." Mais Pavel annonce aussi autre chose: "C'est probablement ma dernière saison... Bien sûr, si je veux, je peux pratiquer le cyclisme jusqu'à 60 ans, mais vient un moment où il faut savoir s'arrêter. Je crois surtout que j'ai beaucoup manqué de chance cette saison. A mes ennuis avec l'équipe CCC se sont ajoutés des problèmes de santé. Dans le Giro, j'ai vraiment fait tout ce que j'ai pu pour rester concentré et penser seulement à la course. Au fil des jours, la douleur revenait. Alors dans ma tête, quelque chose a lâché... Maintenant, si je me fais opérer du dos, il est probable que je doive arrêter la compétition. Et si je décide d'éviter l'opération, je ne peux plus gagner de course et dans ces conditions, ça ne vaut plus la peine de rester dans le peloton..."

Fin juin 2003

Tonkov licencié!

Après le Tour de Suisse, Pavel a pris sa décision: il a choisi l'opération. Sa saison est terminée. Il informe immédiatement CCC-Polsat. Quelques heures plus tard, un fax arrive: CCC-Polsat a décidé de le licencier!

Pavel est victime d'un licenciement abusif, car dans les contrats en vigueur dans le milieu cycliste, il est stipulé que l'on ne peut licencier un coureur pour raison médicale. Pavel confie l'affaire à ses avocats et rentre à l'hôpital fin juillet. Entre temps, l'équipe CCC-Polsat n'a pas fait savoir publiquement qu'elle avait licencié son coureur et continue à le présenter sur les listes des engagés, en enlevant son nom qu'au dernier moment! Et elle indique que Pavel propage de fausse information et que son salaire est bien versé (!) Le 15 août, Pavel est encore à l'hôpital, "l'opération s'est bien passée". Et ce n'est que quelques jours plus tard que Pavel informe ses supporters de son licenciement. "J'insiste: la CCC-Polsat m'a licencié pour raison médicale, pas à cause des autres problèmes que je connaissais déjà avec eux". La CCC-Polsat publie cette réponse: Tonkov n'est pas présent sur les courses, Tonkov ne s'est pas préparé pour le Giro, Tonkov a menti à la presse sur la situation économique de l'équipe et Tonkov n'a pas accepté le règlement du travail de la Pologne. Évidemment, face à ces faux arguments, Pavel gagne son procès un an plus tard. Il doit attendre octobre 2005 pour recevoir son salaire... Interrogé par la presse espagnole sur la suite de sa carrière, Pavel répond: "Je ne sais pas encore si je peux continuer. Cela dépend de ma santé. Si je récupère, oui, j'aimerai bien retrouver une équipe, et si je ne peux pas, alors je continuerais comme cyclotouriste" (!)